Convertir l’écrit en oralité
A l’heure des podcasts, il est intéressant de se poser la question de la transposition de l’écrit à l’oral. Est-ce la même chose ? Non bien entendu, car la pensée consignée par écrit va devenir à l’oral événement : elle s’accomplit par la rencontre avec l’auditoire réel ou virtuel. L’oralité s’inscrit dans le présent, dans la fulgurance du moment et devient relation, expérience.
« L’écrit désigne un horizon, l’oralité se nourrit d’une expérience, l’écrit formule une utopie, l’oralité cherche à bonifier une pratique, l’écrit se projette vers l’avenir, l’oralité surgit du présent » écrit le metteur en scène Georges Banu.
La tension dramatique du récit
La qualité d’un texte oral ne se résume pas à l’appropriation de consignes techniques. Certes, l’intensité vocale, le choix du rythme, l’utilisation à bon escient du silence agrémente l’écoute et porte ses fruits.
Mais l’oralité, c’est beaucoup plus que cela. Le texte dans sa forme doit être pensé dans une dimension musicale pour emporter, captiver ses auditeurs par la fluidité narrative exigeant une écriture équilibrée entre des phrases courtes et longues, des affirmations, des questionnements, des onomatopées et une réflexion construite, des ruptures de ton stylistique. Mais ce texte oral trouvera aussi sa force impactante dans la construction d’une tension dramatique qui renvoie à l’univers théâtral : la plantation du décor, la présentation des acteurs, la définition des enjeux, des éventuels obstacles jusqu’aux ingrédients du suspense.… Tout cela en mots dits, répétés d’autant plus si le récit n’est pas accompagné d’une mise en scène en images et que tout repose sur la seule prise de parole de l’orateur.
Habiter son texte pour en faire un événement théâtral
Le passage à l’oral est impliquant : le locuteur va habiter son texte avec ses références personnelles afin de donner vie à son texte et impliquer son auditoire. Le texte devient son histoire, une sorte de fiction enracinée qui brosse en creux sa personnalité par ses réactions corporelles, ses exemples puisés dans la vie quotidienne, dans son passé et son vécu culturel.
Parler, répéter, revenir en arrière, entendre les silences du public, anticiper ses réactions, irriguer et enrichir le présent, cela revient à transformer les fils de la narration en acte théâtral, bref à instaurer l’art de la relation.
L’énergie transformatrice d’un texte oral ou l’art de la relation
Il s’agit parfois de trouver d’autres mots pour étayer, illustrer un propos. Recourir à la métaphore, l’expérience intime, l’anecdote peut parfois entraîner le locuteur vers des territoires auxquels il n’avait pas pensé dans son texte écrit d’origine. Car le texte raconté, en passant parfois par des digressions et des improvisations, devient un face-à-face avec les auditeurs.
En cheminant dans l’esprit de l’auditeur, le récit t’il pas pour mission, grâce à la qualité de son incarnation, de transformer son regard, d’élargir son monde ?