VERS D’AUTRES MONDES
Leonora Carrington : une mythologie intérieure pleine de vitalité, livrée à « des forces inconnues »
Une vieille aristocrate élégante au double collier de perle et au chapeau à plumes tient en laisse son petit chien. D’une transparence fantomatique, elle assiste à un banquet nocturne bien étrange. Un autre invité en redingote aux manières typiquement édouardiennes «so british » se dresse autour de la table constellée de fruits et légumes. Il tient un gros œuf. A ses côtés, une femme en noir laisse apparaître une fleur majestueuse depuis son bas-ventre et ressemble davantage à une déesse imaginaire.
Autour un jardin avec des plantes verticales semblables à des totems, des créatures hybrides mi-humaines, mi-animales et mi-végétales.
Qui sont tous ces personnages comme tirés du conte fantastique Alice aux pays des merveilles ? Qui sont ces oiseaux fantastiques de la mythologie celtique nichés dans les plantes ? Que va engendrer l’œuf ? Que dit la déesse à son voisin ?
Il faut oublier la raison et se laisser porter par l’imaginaire farouche et foisonnant de l’artiste Leonora Carrington. Compagne de Max Ernst, ballottée entre l’austérité anglaise et les affres de l’internement en Espagne, elle libère sa créativité au Mexique à travers la signature d’un langage plastique singulier.
Sa lecture syncrétique des cultures amérindiennes, occidentales et des religions propose, telle une recette de cuisine qu’elle affectionnait tant, une « mixture » de sorcière mystérieuse et séduisante.
Une forme d’absurdité ? L’humour décalé des légendes et rites celtiques ? Le regard surréaliste pour s’’évader du monde ? L’énigme d’une fiction à la fois réaliste et poétique ? Le jeu fantastique d’objets étranges ? Le désir expressionniste d’un message inconscient ? La volonté rebelle de crypter les symboles alchimiques et ésotériques ?
Peut-être tout cela à la fois par la construction magique de cosmogonies métaphoriques très personnelles. En donnant naissance à toutes sortes de formes organiques, minérales, végétales en perpétuelle métamorphose, elle nous invite à pénétrer dans son univers pour y poursuivre un voyage : une mythologie intérieure pleine de vitalité, en constant renouvellement, livrée à « des forces inconnues » selon ses propres mots.