L’IDÉOGRAMME CHINOIS ne manque pas de caractère !
Tel un livre d’image, l’idéogramme chinois plonge dans un lieu inconnu, un paysage de rêve. Chaque signe semble former une unité plastique vivante et autonome, une poésie qui cherche à laisser parler les choses, sans passer par les sons.
La légende raconte qu’un ministre de l’empereur, Cang Jie, aurait trouvé les sinogrammes en observant les comportements des animaux et des Hommes. Après avoir regardé comment les chasseurs traquaient leurs proies sur la base de l’empreinte laissée au sol par les pattes de l’animal, Cang Jie aurait fondé un système d’écriture spécifique représentant chaque chose par une image directement reconnaissable. D’où le fait que chaque caractère chinois représente non pas une lettre, mais une idée, une représentation imagée (ou suggérée) de la réalité.
Présentés sous la forme de simples traits, ils offrent une combinatoire extrêmement variée et infinie. Ainsi, un arbre est représenté par un trait horizontal symbolisant la terre, un trait vertical symbolisant le tronc, deux traits en forme de V orienté vers le bas à la jonction des 2 autres traits représentant les racines.
Son tracé, selon l’interprétation traditionnelle, est un geste qui sépare le ciel et la terre mais établit aussi la relation entre la pensée et l’objet. Et, en imbriquant les traits émergent toujours d’autres sens prêts à jaillir. Finalement, cette écriture cherche non seulement à représenter le monde, mais à tisser ses liens. Une écriture universelle qui cherche à atteindre la quintessence des choses ?
Cette écriture en est même devenue un art : la calligraphie qui exalte la beauté visuelle des idéogrammes. Elle révèle certes l’agilité entre le corps de l’artiste et son pinceau, entre le mouvement de la main et l’esprit. Mais elle n’est pas simple contour. Le calligraphe ne se contente pas en effet de copier un poème. La calligraphie est bien plus que cela. Le calligraphe entre véritablement en communion avec les éléments. Par ses gestes immémoriaux que sont les pleins et les déliés, le blanc suggéré dans l’espace, il renoue avec les signes originels du monde qu’il relie et ressuscite : toute la puissance imaginaire des signes se déploie. Ce langage artistique lui permet d’y faire danser les multiples aspects de sa sensibilité en tension et en transformation, selon la dynamique du Ying et du Yang : force et tendresse, élan et quiétude, tension et harmonie…
Au croisement de la calligraphie, de la poésie et de la peinture l’idéogramme, cristallise l’imagination et dessine les liens secrets qui réunit l’homme à l’univers. « La Chine est décidément un dépaysement de l’esprit » (François Jullien) !