Vague

LE KODO, L’ART DE L’ÉCOUTE DU BOIS D’ENCENS

La pièce sobre ressemble à un pavillon de thé.

Assise autour d’une table entourée de français et de japonais, je découvre dans le silence une séance de kodo. Le Kodo signifie « voie de l’encens » et se déroule selon le même rituel précis depuis 752 ! Sentir veut dire écouter en chinois.

Très intriguée, j’observe le maître de cérémonie habillé d’un sobre kimono: accompagné de son interprète, il a été désigné dès la naissance par son père pour devenir le 21è descendant de l’école Shino.

Il sort délicatement tout le matériel nécessaire à la cérémonie. Il prépare un petit brasero contenant des cendres fines, un charbon fabriqué selon une recette spéciale dans son école, une plaque de mica sur laquelle sera posé un morceau carré de bois d’encens, les ustensiles (boîte à encens, pince, spatule).

L’atmosphère est silencieuse, épurée, propice à la concentration. Il s’agit en effet de créer un dôme de cendre le plus équilibré possible, comme un petit Mont Fuji au sein du brûle-encens ! Puis bien placer le fragment de bois sur la plaque de mica pour le chauffer sans qu’il se consume.

Tous ses gestes sont réalisés dans un ordre précis et avec rigueur, respect et délicatesse.

Puis, dans un état proche de la méditation, les participants se passent le brûle-encens selon un ordre précis. Chaque personne, s’incline légèrement, prend le brûle-encens avec respect, le porte à hauteur du nez, « écoute » le parfum en silence. Il s’agit « d’écouter » la fumée des bois présentés par le maître du Kodo. Mais pour ce faire, il faut tenir le récipient dans la main gauche, la main droite recouvrant le tout en laissant juste un orifice entre le pouce et l’index afin de pouvoir respirer/expirer trois fois de suite la fragrance émanant du bois. Le chiffre impair répond à la philosophie du Ying et du Yang. Le but est certes d’essayer de mémoriser ses notes olfactives. Mais surtout d’accueillir une impression, une atmosphère, une émotion.

Une fois que tous les encens-témoins ont été présentés, le maître joue avec d’autres bois qu’il combine et fait tourner afin que les participants identifient l’association. Chacune est liée à une citation du grand poème du Dit de Genji. La réponse est écrite sur un papier texturé plié. Mais le Kodo n’est pas simplement un jeu qui consiste à deviner les arômes et développer son odorat.

Cette pratique confidentielle très complexe est avant tout une réelle expérience spirituelle empreinte de poésie, qui éveille les sens, détend le corps et l’esprit : affiner sa sensibilité, la conscience du temps qui passe et faire communier en soi les liens subtils entre parfum, mémoire et esprit. C’est une rencontre avec le monde de la nature ancestrale et une écoute profonde de son message. Les empereurs pratiquaient la voie de l’encens pour y voir clair dans leur vie.

Petite leçon de modestie du maître de cérémonie en conclusion : il commence tout juste à vivre le plein épanouissement !

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