Vague
Hirondelle

ARQUELINADE IMPROVISÉE

« Feuillantines, tartelettes,

Puits d’amours et massepins,

Croquignoles, gimbelettes,

Biscotins…

Tous petits…

Mais garnis d’anis;

À croquer ensemble

Sans oublier…

Colombine… »

C’est en ce temps de carnaval qu’Arlequin arrive sur les planches en chantonnant ce refrain … Sourire malicieux, prêt à séduire Colombine, il toise Pierrot à la figure enfarinée et lui préfère la compagnie de Scaramouche tout de noir vêtu qui joue le pantomime sur sa guitare…

Habillés de fraises, de manteaux rayés et autres rubans bariolés de couleurs vives, les costumes de ces personnages de la Commedia dell’ arte surprennent par leur comique ébouriffant !

Au gré de leurs humeurs et de leurs prouesses gestuelles, ils inventent des coups de théâtre détonants. Avec juste le canevas de quelques phrases en tête, les voici qui gambadent sur scène, puisent dans leur imagination foisonnante des trésors d’inventivité. Ils s’amusent à imaginer, à improviser et à rallonger avec malice des phrases tels des cadavres exquis pour créer des situations burlesques inattendues : tirades, sonnets, charades, énigmes et autres figures littéraires hyperboliques. Tout y passe et devient prétexte à dérision, farce et autre mascarade. Leur corps est aussi de la partie : les yeux ont une bouche, les doigts ont une voix, les mimiques deviennent paroles, leurs jambes sautent comme des sauterelles.

Leur force : jouer avec l’instant présent, cultiver l’excentricité, rebondir sur les commentaires des spectateurs impatients, créer à l’envi des quiproquos, se dérober pour réapparaître sur les tréteaux soudainement travestis, métamorphosés en mime, acrobate, danseur, à renfort de grimaces et autres pieds de nez.

La commedia dell’ arte est illusion et mouvement. Et les spectateurs amusés en redemandent et n’hésitent pas à y participer. Surprise garantie ! Grande nouveauté : l’auteur de ces merveilleuses parades rassemble à la fois les comédiens et les spectateurs qui se muent en grand poète collectif en l’espace d’une mâtinée sur la place du village !

N’oublions pas que tous ces personnages de la Commedia delle ‘arte, parmi lesquels figurent également Polichinelle, le vieil avare Pantalon, sont très en vogue dans l’Italie du 16è… avant de s’acheminer avec un franc succès dans la France cartésienne du 17è jusqu’à inspirer Molière, quitte à être à contrecourant des troupes académiques de la Comédie Française ! Le théâtre de Marivaux, la peinture de Watteau, le film Les enfants du paradis de Marcel Carné, le mime de Marcel Marceau, sans oublier Chagall, Picasso, les poètes symbolistes…Tous seront influencés par ces personnages colorés et énigmatiques dans leur création artistique, qu’ils affublent d’un caractère comique ou tragique.

Mais pourquoi tous ces êtres qui brouillent tout, mélangent tout, sèment la zizanie, le non-sens, traversent-ils les époques, comme Arlequin et Pierrot ?

Ne répondent-ils pas au besoin d’improviser dans une logique féérique pour ainsi déjouer le prévisible, taquiner la raison et tout oublier dans une société en proie au doute et à la grisaille?  En décrochant une étoile, nos personnages ne cherchent-ils pas à nous mettre en apesanteur et accéder à la légèreté et à la fantaisie ?

 

 

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